Journée internationale
de la francophonie :
Entretien avec Mme Hélène CARRERE d’ENCAUSSE,
de l’Académie française

Journée internationale de la francophonie : Entretien avec Mme Hélène CARRERE d’ENCAUSSE, de l’Académie française

Latfran : Mme Hélène Carrère d’Encausse, « Secrétaire perpétuel de l’Académie française ». Merci de nous recevoir, aujourd’hui, Journée internationale de la francophonie.

Cette journée est placée sous le thème des « femmes francophones, femmes résilientes ». Que vous inspire cette réalité ?

HCE : Je pense que les femmes sont, en général, résilientes. C’est leur particularité. De surcroit, j’ai passé ma vie sur un très grand pays, la Russie, où la femme est l’être le plus solide qui soit ! C’est elle qui a porté le pays, tout au long de l’histoire russe. Par conséquent, j’ai une grande confiance dans les capacités de résilience et de courage des femmes. D’ailleurs, les femmes francophones le sont certainement, sans aucun doute. Je serai leur faire injure que de croire qu’elles ne sont pas à la hauteur des autres.

Ce thème pour l’année 2021 est une très bonne idée. Elle traduit, au fond, le rôle dans la société. Je dirai tout de suite, que lorsque  nous disons cela, nous reconnaissons qu’il existe des femmes et des hommes, et qu’il existe tout de même des différences. Je suis pour ma part contre l’effacement de la différence.

La francophonie participe t’elle de la diversité linguistique et culturelle ?

Absolument. Voilà un élément fondamental ! Elle est une représentation d’un univers, l’univers francophone et très extraordinaire. Voilà un univers, où les gens se rassemblent, sans aucune espèce d’obligations et uniquement par un mouvement du cœur. Car la Francophonie c’est cela : c’est un choix du cœur ! C’est le choix de la langue française, justement, parce que l’on en a envie.

Latfran : Cette langue du cœur, le français, contribue-t’elle à édifier un monde multilatéral ? La Francophonie est-elle un pôle de paix ?

Tout à fait. Il existe la francophonie institutionnelle qui recouvre les pays qui sont francophones, tout simplement parce que c’est un état de fait, comme une partie de l’Afrique ou le Québec. Mais elle voit également, arriver à elle, des pays qui n’ont pas de relations particulières avec la France et qui décident tout d’un coup, comme l’Arménie par exemple, de venir vers la francophonie. Tout simplement parce que c’est un choix. Ils aiment la langue française.

Pour beaucoup, c’st un choix totalement gratuit qui n’est fondé sur aucun apport particulier de la France. Bien sûr, il existe des centres culturels qui répondent à une demande de présence de la langue française. Mais je dirai, que cette réalité rappelle que la base de la francophonie est l’échange. C’est la volonté d’échanger non pas des biens matériels, mais d’échanger des biens spirituels.

Latfran : Le développement de la francophonie, pour vous qui êtes le Secrétaire perpétuel de l’Académie française, est-il une source de joie ?

Absolument. Je trouve cela magnifique. Vous savez, je me suis beaucoup déplacée dans le monde, pour la francophonie, pour mes recherches, pour le bonheur de voyager et pour voir toutes les étapes de la civilisation. Le bonheur est de pouvoir parler avec des gens, dans une langue qui n’est pas la leur mais pour le plaisir. On sent qu’ils ont un plaisir extrême à vous montrer ce qu’ils savent faire.

Latfran : La langue française se renouvelle. En cinquante, le dictionnaire de l’Académie française est passé de 30.000 mots à 60.000. Comment expliquez-vous ce dynamisme ?

Je vais vous dire. C’est un processus qui a deux raisons d’être : d’une part, la langue française est une langue qui a sa raison d’être. Elle est vivante et s’enrichit de beaucoup de mots. Le dictionnaire de l’Académie française est un dictionnaire de l’usage. Nous en sommes à la 9ème édition.

Chacune a eu des doctrines différentes. Il y a eu des éditions qui étaient, je dirai, minimalistes, puristes. Fontenelle, le célèbre académicien au début du XVIIIème siècle, a écrit un document essentiel, qui s’appelle « La Lettre à l’Académie » où il critique justement, le dictionnaire. Il dit : « Ce qu’a fait l’Académie, ce n’est pas possible !  Sous l’influence des puristes, vous avez épuré la langue d’un nombre considérable de mots ce qui fait qu’elle est devenue très pauvre. Du même coup, vous ne savez pas vous exprimer !  Il est temps de récupérer les mots que vous avez perdu. Prenez-les à droite et à gauche, prenez-en aux autres langues, faites ce que vous voulez, mais revenez à une définition normale du dictionnaire !  ».

 Je pense que cette lettre qui a eu un retentissement considérable. Elle est extraordinairement actuelle. Nous avons besoin d’exprimer beaucoup de choses. C’est pourquoi, l’édition de 1935, c’est-à-dire la dernière, a beaucoup supprimé de mots. Du même coup, l’édition actuelle, la 9ème, s’est attachée, à récupérer un certain nombre de mots qui avaient du sens. La doctrine actuelle consiste à dire que tout mot qui a figuré dans des textes, de quelque époque que ce soit, doit être récupéré par le dictionnaire pour que le lecteur qui tombe par hasard sur un livre dont personne ne s’est jamais servi pendant six siècles, puisse comprendre ce que cela veut dire.

Et, de surcroit, tandis qu’à l’Académie nous examinons le sens des mots, nous évitons ce que nous appelons « le cimetière des mots ». Nous évitons d’envoyer au cimetière , des mots, même s’ils nous paraissent avoir des défauts. Nous les sauvons. Et cela explique évidemment, entre cette procédure ce récupération et d’attachement à tous les mots que nous pouvons attrapons, qui nous paraissent utiles et qui sont dans l’usage, expliquant le doublement de volume du dictionnaire.

Latfran : Mme Hélène Carrère d’Encausse, quand vous parlez de la langue française, vous exprimez beaucoup de joie et de poésie. La langue française, est-elle porteuse d’espoir aujourd’hui dans un monde qui souffre ?

Bien évidemment. Qu’est ce que la langue française ? Comment la définir ? Quand en 1798, il a été dit qu’elle était la langue de la conversation, la langue de l’échange des idées, la langue du contact entre les être humains. C’est cela la langue française !  De quoi souffrons-nous aujourd’hui ? Ce n’est pas la première fois que nous vivons des temps difficiles. Mais qu’est ce qui rassemble les hommes ? C’est le fait de partager , notamment les idées. Ce n’est pas de se lamenter en commun, ou de développer les grandes idées. C’est échanger. Le contact est fondamental. Et il se fait par la parole. Elle est la base de la conversation. Entre la parole et la conversation, c’est à ce moment là, qu’intervient la langue française.

C’est particulièrement heureux. C’est ce qui donne du bonheur aux Hommes. Cela vous explique le fait que je pense qu’il s’agit d’une langue joyeuse et qu’il faut s’en servir au maximum. La langue sert à échanger, à être avec les autres. Elle est dans un univers, dès lors que l’on partage, par définition de bonheur. Et cela vous permet de faire face et de surmonter les difficultés.

Pour l’association Latfran, recueillir votre message pour la Journée internationale de la francophonie, est un véritable bonheur. Merci Mme Carrère d’Encausse, Secrétaire perpétuel de l’Académie française.

Entretien à visionner sur la chaîne YouTube de LATFRAN.

Entretien réalisé par Pascal DROUHAUD, Président de LATFRAN,
et Guillaume ASSKARI, Chargé des relations publiques chez LATFRAN

Día Internacional de la Francofonía: Entrevista con la Sra. Hélène CARRERE d´ENCAUSSE, de la Academia francesa

Latfran: Sra. Hélène Carrère d´Encausse, “Secretario permanente de la Academia francesa”, muchas gracias por darnos la bienvenida hoy, Día Internacional de la Francofonía.

Este día tiene como tema “Mujeres francófonas, mujeres resilientes”. ¿Qué le inspira esta realidad?

HCE: Creo que las mujeres son, en general, resistentes. Ésta es su particularidad. He pasado mi vida en un país muy grande, Rusia, donde las mujeres son los seres más fuertes que puedan existir ! Fueron ellas quien llevaron al país a lo largo de la historia. Por lo tanto, tengo una gran confianza en la capacidad de resistencia y en el coraje de las mujeres. Las mujeres francófonas lo son, sin lugar a dudas. Las estaré insultando al creer que no están a la altura de los estándares de los demás.

Este tema para el año 2021 es una muy buena idea. Básicamente traduce el papel en la sociedad. Diré enseguida, que cuando decimos esto, reconocemos que hay mujeres y hombres, y hay diferencias de todos modos. Por mi parte, estoy en contra del hecho de  borrar la diferencia.

LATFRAN: ¿Participa la Francofonía en la diversidad linguística y cultural?

 Absolutamente. ¡Este es un elemento fundamental! Es una representación de un universo, el universo francófono. Es muy extraordinario. Aquí hay un universo, donde las personas se unen, sin ningún tipo de obligación y solo con un movimiento del corazón. Porque la francofonía es  es una elección del corazón! Consiste en elegir al idioma francés, precisamente, porque lo queremos.

Latfran: ¿Este idioma del corazón, el francés, ayuda en construir un mundo multilateral? Sera la francofonia un polo de paz ?

Absolutamente. Existe una Francofonía institucional que cubre países  francófonos, simplemente porque es un hecho de la vida, como parte de África o Quebec. Pero también ve, llegando a ella, países que no tienen relaciones especiales con Francia y que de repente, deciden, como Armenia por ejemplo, acercarse a la Francofonía. Les encanta el idioma francés. Para muchos, esta es una elección completamente libre que no se basa en ninguna contribución particular de Francia. Por supuesto, existen  centros culturales que responden a una demanda de presencia del idioma frances. Pero diría que esta realidad nos recuerda que la base de la Francofonía es el intercambio.

Es la disposición en intercambiar, para nada los bienes materiales, sino a los bienes espirituales.

Latfran: ¿Sera el desarrollo de la Francofonía, Usted quien es « el secretario perpetuo de la Academia Francesa », una fuente de alegría?

Absolutamente. Lo encuentro magnífico. Ya sabe, he viajado mucho por el mundo, por la Francofonía, para mis investigaciónes. Lo he hecho tambien por la alegría de viajar y para conocer todas las etapas de la civilización. La felicidad es poder hablar con la gente, en un idioma que no es el de ellos sino por el placer de hacerlo. Puede darse cuenta de que se complace mucho en mostrarle lo que pueden hacer.

Latfran: La lengua francesa se está renovando. En cincuenta, el diccionario de la Academia Francesa ha pasado de 30.000 palabras a 60.000. ¿Cómo explica este dinamismo?

Le voy a decir. Es un proceso que tiene dos razones de existir: por un lado, el idioma frances tiene su razón de ser. Ella está viva y enriquecida con muchas palabras. El diccionario de la Academia Francesa es un diccionario de uso. Estamos en la novena edición. Cada unas de ellas, ha tenido diferentes doctrinas. Hubo ediciones que fueron, diría, minimalistas, puristas. Fontenelle, el  famoso académico de los principios del siglo XVIII, redactó un documento esencial, que se llama “La Carta a la Academia”, donde criticaba el diccionario.

Dijo: “¡Lo que ha hecho la Academia no es posible! Bajo la influencia de los puristas, se quito al idioma, un número considerable de palabras que lo dejan muy pobre. ¡Al mismo tiempo, uno ya no sabe cómo expresarse! Es hora de recuperar las palabras que se perdieron. Tómenlos par aquí y por alla, tómenslos de otros idiomas, haga lo que quiera, pero vuelva a una definición normal de diccionario ! “.

Creo que esta carta tuvo un impacto considerable. Es extraordinariamente actual. Necesitamos expresar muchas cosas. Por eso la edición de 1935, la última, dejó caer muchas palabras. Al mismo tiempo, la actual edición, la novena, se ha centrado en recuperar una serie de palabras que tenían sentido. La doctrina actual es que cualquier palabra que haya aparecido en los textos, de cualquier época, debe ser recuperada por el diccionario para que el lector que se topa con un libro que nadie ha usado durante seis siglos, pueda entender lo que eso significa.

Y, además, mientras en la Academia examinamos el significado de las palabras, evitamos lo que llamamos “el cementerio de las palabras”. Evitamos enviar palabras al cementerio, incluso si parecen tener fallas. Las salvamos.

Y esto, obviamente, explica, entre este procedimiento, esta recuperación y apego a todas las palabras que podemos captar, que nos parecen útiles y que están en uso, explicando la duplicación del volumen del diccionario.

Latfran: Sra. Hélène Carrère d´Encausse, cuando habla francés, expresa mucha alegría y poesía. ¿Lleva consigo el idioma francés esperanza hoy en dia, en un mundo que sufre?

Obviamente. ¿Qué sera el idioma francés? ¿Cómo definirlo? Cuando en 1798 se decía que era el lenguaje de la conversación, el lenguaje del intercambio de ideas, el lenguaje del contacto entre los seres humanos. Este es el idioma francés!

¿De qué estamos sufriendo hoy? Esta no es la primera vez que vivimos tiempos difíciles. Pero, ¿qué une a los hombres? Se trata de compartir, especialmente ideas. No es para lamentarnos juntos, ni para desarrollar grandes ideas. Es intercambiar. El contacto es fundamental. Y se hace a través de la palabra. Es la base de la conversación. Entre el habla y la conversación, aquí es donde entra el idioma francés.

Es especialmente bienvenido. Esto es lo que le da felicidad a la gente. Esto les explica el hecho de que creo que este es un lenguaje feliz y debería usarse tanto como sea posible. El idioma se usa para intercambiar, para estar con otros.

Ella está en un universo, tan pronto como compartimos, por definición de felicidad. Y te permite afrontar y superar las dificultades.

Para la Asociación LATFRAN, escuchar su mensaje para el Día Internacional de la Francofonía ha sido un verdadero placer. Gracias, Sra. Carrère d´Encausse, Secretario Permanente de la Académia francesa.

Entrevista para ver en el canal de YouTube de LATFRAN.

Entrevista realizada por Pascal DROUHAUD, presidente de LATFRAN,
y Guillaume ASSKARI, Encargado de las relaciones públicas de LATFRAN

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