La crise sanitaire et l'indispensable
exigence de justice en Amérique latine


La crise sanitaire et l'indispensable
exigence de justice en Amérique latine

La pandémie de Covid 19 provoque depuis un an, des ravages économiques et sociaux évidents. Latfran a déjà eu l’occasion, dans ses éditoriaux et de nombreux articles de rappeler les conséquences sur les populations : destructions d’emplois sur un continent dont la moitié de la population active dépend du travail informel, démantèlement du sens national alors que la Covid 19 accélère la fragmentation sociale, notamment avec les populations indiennes, en marquant plus fortement encore, les inégalités. Les Etats ne pouvant pas offrir des prestations  notamment en matière d’accès à la santé ou en faveur d’une éducation pour tous, les fragilités des sociétés latino-américaines sont d’autant plus marquées. Et pourtant, la conscience démocratique aux côtés d’une volonté de justice sociale garante d’unité nationale, se vérifient régulièrement.

Ces dernières semaines, en Argentine, en Equateur, au Pérou, liés à des passes droits  permettant un accès privilégié sans justification aux vaccins, ont mobilisé les foules. Ces évènements rappellent qu’à l‘heure des sociétés numérisées, où les notions d’éthiques, de transparence, de résultats sont au cœur des projets nationaux, les structures publiques sont plus que jamais sous observation. Alors que les souffrances sont vécues au quotidien, l’exigence d’une éthique morale et dans les faits, n’est plus demandée. Elle est  exigée par les populations elles même sollicitées depuis le début de la crise.

En Argentine, à la suite d’un entretien radio, le journaliste Horacio Verbitky, en révélant la possibilité qui lui a été offerte par le Ministre de la santé, de se faire vacciner au sein même du ministère de la santé, a déclenché un scandale. Démission précipitée de Gines Gonzalez Garcia, révélation sur une série de vaccinations en faveur de personnalités politiques ou institutionnelles, ont crée un malaise dont le Président Alberto Fernandes se serait bien passé. « Le scandale du centre de vaccination VIP » rappelle la volonté d’une population d’être traitée dans une égalité d’accès aux soins.

Plus que jamais, l’Amérique latine comme partout ailleurs, appelle à la transparence, gage de confiance. Celle-ci est indispensable dans cette période de crise mais également dans la phase de reconstruction qui s’engagera tôt ou tard. Le scandale du « Vacunagate » est tout aussi emblématique au Pérou, où l’institution présidentielle est en crise après l’année 2020 qui a vu trois Chefs d’Etat se succéder à la présidence en quelques jours. Le scandale a conduit à la démission de la Ministre de la santé, Mme Pilar Mazzetti, de la ministre des affaires étrangères qui avaient reçu, sans le déclarer, le vaccin dès le mois d’Octobre 2020 comme des dizaines de personnalités publiques.

Le sentiment d’une santé a plusieurs vitesses et « accessible aux puissants » n’est plus tolérée. Et comment pourrait elle l’être alors que ce sont désormais près de 200 millions de personnes qui ont basculé dans la pauvreté ou la précarité sur une population totale de 600 millions ? La même situation s’est présentée en Equateur où le Ministre de la santé a du démissionner.

L’Amérique latine au fil des semaines qui s’écoulent et tandis que les chiffres de victimes s’égrènent au quotidien, prend conscience que la Covid 19 marque un temps particulier dans son histoire. Des réformes de fond devront être engagées à la fois par les pays, touchant à la redistribution des richesses et à l’investissement dans les frontières nationales, mais également à la question de la fiscalité offrant aux Etats des moyens nouveaux de mener à bien des politiques au service de l’ensemble des populations, facteurs d’unité nationale. Cette démarche doit également se faire au niveau régional : les entités supra nationales sont les grandes absentes de la bataille contre la Covid 19. Aucun plan de relance régional, aucune initiative n’a vu le jour depuis 2020 tandis que la Covid 19 a accéléré la tendance d’un traitement purement national et dans les frontières de chacun des pays. Les opinions publiques sont en train de fixer les limites à ne pas franchir. Elles disent clairement que les passe-droits sanitaires ne seront pas tolérés. Il s’agit d’une question de principes, de justice. Sans doute salvatrices pour une Amérique latine qui doit reconstruire sa place dans un monde bouleversé par la covid 19.

Pascal Drouhaud
Président de LATFRAN

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