La disparition des langues en Amérique latine :
un phénomène irréversible ?


La disparition des langues en Amérique latine :
un phénomène irréversible ?

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Une exposition au Palais de la Découverte est consacrée en ce moment aux « Langues en danger : comment les sauver ? » : elle fait écho à l’ouvrage « Halte à la mort des langues » publié par il y a 20 ans par le célèbre linguiste Claude Hagège, professeur au Collège de France et médaille d’or du CNRS, dans lequel il dénonçait déjà le fait que 25 langues meurent chaque année.

Aujourd’hui plus que jamais, la diversité linguistique est menacée car, sur près de 7 000 langues parlées dans le monde, au moins 2700 sont en danger. Les spécialistes estiment que 50 % des langues vivantes risquent d’avoir disparu en 2100, ce taux atteignant même 90 % en Australie et en Amérique du Nord. Les peuples autochtones sur l’ensemble de la planète parlent plus de 4000 langues alors qu’ils n représentent que 6 % de la population mondiale.

Un bilan mondial inquiétant

Certes, depuis la nuit des temps, des langues apparaissent et disparaissent : c’est le cycle de la vie… peut-être un phénomène inévitable dans la grande histoire du genre humain ? « Depuis au moins 5000 ans, les linguistes estiment qu’au moins 30 000 langues sont nées et disparues » (Université de Laval, Canada).

Mais, ces milliers de langues en danger constituent une part du patrimoine mondial de l’Humanité. Nous avons appris à en apprécier la diversité, à en connaître la richesse. Quand une langue meurt, ce sont une culture, une histoire et des savoir-faire qui se perdent.

Après le premier cri d’alarme lancé par le linguiste américain Mikaël Krauss en 1991, l’UNESCO s’est emparée du sujet : elle a commencé à éditer un Atlas des langues menacées à partir de 1996 et à élaborer une typologie de la vitalité des langues en 2003.

Aujourd’hui, seulement 23 langues sont parlées par plus de la moitié de la population mondiale, alors que 40 % des langues sont encore maîtrisées par moins de 1 000 locuteurs.

Par le passé, une langue pouvait s’éteindre à cause des guerres, des épidémies ou d’une natalité insuffisante. A notre époque, le principal facteur de déclin réside dans l’adoption de la langue dominante par la population au détriment de la langue natale.

Qu’en est-il en Amérique latine et dans les Caraïbes ?

Sur 7,4 milliards d’êtres humains, 1 milliard se trouvent sur l’ensemble du continent américain, soit 13,5 % des locuteurs du globe pratiquant 1059 langues.

La zone Amérique centrale/Caraïbes/Amérique du Sud correspond à 640 millions d’habitants et 805 langues. Parmi celles-ci, 212 sont considérées comme menacées et 194 comme mourantes par la plateforme Ethnologue.com.

En novembre 2015, à San José, au Costa Rica, l’UNESCO a organisé une conférence sur le « Multilinguisme dans le cyberespace, langues indigènes pour l’émancipation » afin de renforcer la prise de conscience sur le besoin d’un multilinguisme sur Internet : le web doit permettre de garantir aux groupes indigènes le droit fondamental à l’accès à l’information pour un meilleur partage des connaissances (Rapport de la conférence).

Les outils numériques sont parmi les moyens principaux de préserver les langues en péril.

Traduit en français, anglais et  espagnol, le site francophone Sorosoro est animé par des linguistes de terrain et ambitionne d’être une passerelle entre le milieu universitaire et le grand public. Il indique que le plus grand nombre de langues natives se trouve en Amérique latine, un continent qui accueille des langues aussi différentes que le japonais et l’italien parfois sur des territoires peu étendus.

Une université de Londres a créé en 2002 le programme de documentation sur les langues en danger (ELDP), qui a permis de fonder un site internet archivant le matériau collecté par les linguistes de terrain. Sponsorisée par des dons de philanthropes, elle finance des projets de terrain tels que celui consistant à documenter la langue Tehuelche en Patagonie auprès de la dernière locutrice connue ou celui de mener une étude approfondie de l’urarina au Pérou, une langue isolée parlée par moins de 3000 personnes dans la province de Loreto. Elle offre aussi des formation locale en documentation linguistique à l’instar de celle qui s’est tenue au Brésil en octobre 2019, à l’Université de São Paulo et à l’Université fédérale du Pará à Belém.

Un autre moyen efficace de sauvegarder une langue est de lui donner un statut juridique. Ainsi, en Bolivie, les langues officielles du pays sont l’espagnol, le quechua, le guarani, l’aymara, et 36 autres langues indigènes ont un statut de langues régionales. En Argentine, si l’espagnol est la langue officielle de l’État fédéral, certaines provinces ont donné un statut de langues régionales à certains langages amérindiens. Au Mexique, il n’existe aucune langue officielle, mais 68 ont un statut de langue nationale, dont l’espagnol qui est devenue la langue dominante.

Le combat pour protéger les langues en danger continue. Pour y contribuer, l’UNESCO a  créé la journée internationale de la langue maternelle le 21 février et a déclaré l’année 2008 année internationale des langues.

Pour conclure en cette période de pandémie, « faisons passer le mot, pas le virus »… et apprenons à dire « Lavez-vous les mains » en 650 langues sur une carte interactive, par exemple en créole français de Sainte-Lucie « lavé lanmen’w » ou encore en Kuna de l’archipel de San Blas au Panama « argan enuko » !

David BIROSTE
Vice-président de LATFRAN


La desaparición de las lenguas en América Latina:
¿un fenómeno irreversible?

En la actualidad, una exposición en el Palais de la Découverte está dedicada a “Las lenguas en peligro de extinción: ¿cómo salvarlas? “: Se hace eco del libro” Halte à la mort des Langues “publicado hace 20 años por el célebre lingüista Claude Hagège, profesor del College de France y medalla de oro del CNRS, en el que ya denunció la hace que mueran 25 idiomas cada año.

Hoy más que nunca, la diversidad lingüística está amenazada porque, de los casi 7.000 idiomas que se hablan en el mundo, al menos 2.700 están en peligro. Los expertos estiman que el 50% de los idiomas modernos pueden haber desaparecido para el 2100, con una tasa que alcanza el 90% en Australia y América del Norte. Los pueblos indígenas de todo el mundo hablan más de 4.000 idiomas, pero representan solo el 6% de la población mundial.

Un preocupante peaje global

Por supuesto, desde los albores de los tiempos, los idiomas aparecen y desaparecen: este es el ciclo de la vida … ¿Quizás un fenómeno inevitable en la gran historia de la humanidad? “Durante al menos 5.000 años, los lingüistas han estimado que han nacido y desaparecido al menos 30.000 idiomas” (Université de Laval, Canadá).

Pero estos miles de idiomas en peligro de extinción forman parte del patrimonio mundial de la humanidad. Hemos aprendido a apreciar su diversidad, a conocer su riqueza. Cuando una lengua muere, se pierde una cultura, una historia y un saber hacer.

Tras el primer grito de alarma lanzado por el lingüista estadounidense Mikaël Krauss en 1991, la UNESCO retomó el tema: comenzó a publicar un Atlas de lenguas en peligro a partir de 1996 y a desarrollar una tipología de la vitalidad de idiomas en 2003.

Hoy en día, solo 23 idiomas son hablados por más de la mitad de la población mundial, mientras que el 40% de los idiomas todavía lo hablan menos de 1,000 hablantes.

En el pasado, una lengua podía extinguirse debido a guerras, epidemias o tasas de natalidad insuficientes. En nuestro tiempo, el principal factor de decadencia es la adopción de la lengua dominante por parte de la población en detrimento de la lengua nativa.

¿Qué pasa con América Latina y el Caribe?

De los 7.400 millones de seres humanos, 1.000 millones se encuentran en todo el continente americano, o el 13,5% de los hablantes del mundo hablan 1.059 idiomas.

El área de Centroamérica / Caribe / Sudamérica corresponde a 640 millones de habitantes y 805 idiomas. De estos, 212 son considerados amenazados y 194 como moribundos por la plataforma Ethnologue.com.

En noviembre de 2015, en San José, Costa Rica, la UNESCO organizó una conferencia sobre “Multilingüismo en el ciberespacio, lenguas indígenas para la emancipación” para crear conciencia sobre la necesidad del multilingüismo en Internet. : la web debe permitir garantizar a los grupos indígenas el derecho fundamental al acceso a la información para un mejor intercambio de conocimientos (Informe de la conferencia).

Las herramientas digitales son una de las principales formas de preservar las lenguas en peligro.

Traducido al francés, inglés y español, el sitio de habla francesa de Sorosoro está dirigido por lingüistas de campo y pretende ser un puente entre la academia y el público en general. Indica que la mayor cantidad de idiomas nativos se encuentra en América Latina, continente que alberga idiomas tan diferentes como el japonés y el italiano, a veces en áreas pequeñas.

En 2002, una Universidad de Londres creó el Programa de Documentación de Idiomas en Peligro (ELDP), que hizo posible la creación de un sitio web que archivaba el material recopilado por los lingüistas en el campo. Patrocinado por donaciones de filántropos, financia proyectos de campo como el que consiste en documentar el idioma tehuelche en la Patagonia con el último hablante conocido o el de realizar un estudio en profundidad del Urarina en Perú, un idioma aislado hablado por menos de 3000 personas en la provincia de Loreto. También ofrece formación local en documentación lingüística como la realizada en Brasil en octubre de 2019, en la Universidad de São Paulo y en la Universidad Federal de Pará en Belém.

Otra forma eficaz de salvar un idioma es darle un estatus legal. Así, en Bolivia, las lenguas oficiales del país son el español, quechua, guaraní, aymara y otras 36 lenguas indígenas tienen estatus de lengua regional. En Argentina, aunque el español es el idioma oficial del estado federal, algunas provincias han otorgado estatus de idioma regional a ciertos idiomas amerindios. En México no existe un idioma oficial, pero 68 tienen estatus de idioma nacional, incluido el español, que se ha convertido en el idioma dominante.

Continúa la lucha por proteger las lenguas en peligro. Para contribuir a ello, la UNESCO estableció el 21 de febrero el Día Internacional de la Lengua Materna y declaró 2008 Año Internacional de las Lenguas.

Para concluir en este período de pandemia, “corramos la voz, no el virus” … y aprendamos a decir “Lávate las manos” en 650 idiomas en un mapa interactivo, por ejemplo en criollo francés de Santa Lucía « llavé lanmen’w » o en kuna del archipiélago de San Blas en Panamá « argan enuko »!.

David BIROSTE
Vice-presidente de LATFRAN

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