Edito de LATFRAN (avril 2020)
Covid-19 : Guayaquil (Equateur)
entre Chaos et sentiment d'abandon

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Edito de LATFRAN (avril 2020)
Covid-19 : Guayaquil (Equateur)
entre chaos et sentiment d'abandon

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Après avoir été secoué par une violente crise politique et sociale au mois d’octobre 2019, l’Équateur traverse la crise sanitaire actuelle d’une manière encore plus dramatique que tous les pays latino-américains. Bien que les chiffres officiels n’annoncent “que” 9 022 cas confirmés de Covid-19 et 456 décès au niveau national, Guayaquil et sa province du Guayas vivent un véritable enfer depuis plus d’un mois avec une explosion du taux de mortalité. En effet, dans ce port de 2,3 millions d’âmes, capitale économique du pays, le système de santé est submergé et les services funéraires se sont effondrés : les cadavres s’entassent dans les logements, sur les trottoirs dans les rues, dans des conteneurs frigorifiques et sur les pelouses des cimetières. Les Equatoriens vivent une crise d’une violence inimaginable en Europe. L’entraide internationale commence enfin à s’organiser à la mi-avril.

Tableau de bord cartographique de la pandémie de Covid-19 (Université Johns Hopkins)

Une crise sous-estimée au regard des capacités du système de santé du pays

La diaspora équatorienne se répartit principalement dans des pays très touchés eux-mêmes par la pandémie (Espagne, Italie, Etats-Unis) et les échanges entre l’Equateur et ces pays hôtes ont favorisé mécaniquement l’importation du coronavirus. Le premier cas est apparu le 29 février avec une Equatorienne sexagénaire arrivée d’Espagne et qui n’a présenté des symptômes que quelques jours après son retour. Les premières mesures ont été prises à partir du 3 mars comme à l’aéroport de Quito. Le 11 mars, le pays a déclaré l’urgence sanitaire, ordonné une quarantaine de 14 jours pour les passagers en provenance de 14 pays (Chine, Corée du sud, Italie, Espagne, France…), la fermeture des écoles, le passage au télétravail et l’interdiction des rassemblements de plus de 100 personnes. Mi mars, les frontières ont été fermées et le confinement imposé puis prolongé au moins jusqu’au 26 avril. Le 21 mars, le couvre-feu a été déclaré. Le 6 avril, le port du masque a été rendu obligatoire dans les espaces publics. Mais, l’Equateur « a réagi tardivement » selon Daniel Simancas, épidémiologiste de l’Université technologique équinoxiale de Quito.

Ainsi qu’en témoignent plusieurs acteurs des services médicaux de Guayaquil, malgré la pandémie venue de Chine et recouvrant progressivement le continent européen dès février et début mars, ils ont été envoyés au front sans équipement : « Nous sommes partis en guerre sans armes ! (…) Les équipements nécessaires n’étaient pas prêts alors que cela (l’épidémie) arrivait déjà en dévastant l’Europe » déplore auprès de l’AFP une infirmière tombée malade. Les services d’urgence ont accueilli des patients présentant des « symptômes importants, mais faute de tests, ils étaient soignés comme s’ils souffraient d’une grippe et renvoyés chez eux (…) Nous n’avions pas de matériel de protection personnelle, mais nous ne pouvions refuser de nous occuper des patients » ajoute-t-elle.

Conséquences : 1/ des soignants décimés par l’épidémie, le ministre de la Santé a même indiqué le 6 avril que 417 professionnels du secteur médical étaient contaminés et que 1 600 autres étaient suspectés de l’être ; 2/ des patients infectés non testés pour la plupart et renvoyés chez eux sans véritable traitement, vecteurs de diffusion dans leurs entourages dans un pays connaissant un taux de pauvreté encore élevé.

En outre, les règles de distanciation sociales n’ont pas été assimilées par la population, favorisant la diffusion du coronavirus. Si le port du masque s’est généralisé, le New York Times constatait que les rues de Guayaquil étaient encore beaucoup trop fréquentées le 6 avril malgré des mesures de restriction de circulation : le confinement marque la fin des maigres revenus des acteurs de ce qu’on appelle l’économie informelle et la faim est plus forte que la peur de la mort. De même, la chaîne Ecuavisa a filmé le 15 avril des centaines de citoyens se suivant de très près sans respect des distances de sécurité dans des files d’attente de plusieurs heures, sur les trottoirs devant les banques de Guayaquil pour pouvoir retirer de l’argent et des bons de protection familiale. Facteur aggravant, « selon les autorités locales, les infections se sont propagées lors des mariages de la haute société au cours du mois de mars » et les citoyens les plus pauvres bravent les interdits pour continuer à gagner de quoi subsister au détriment des « gestes barrière » permettant de contenir l’épidémie.

Dès lors, le Covid-19 prospère dans le plus grand port de la côte ouest d’Amérique du sud. Les chiffres officiels de 9 022 personnes contaminées au niveau national (75% dans la seule province chaude et humide de Guayaquil), dont 456 décès, contrastent avec la réalité de la rue. Le ministre de la Santé a d’ailleurs annoncé le 16 avril qu’au moins 631 morts supplémentaires étaient suspectées d’être directement liées au coronavirus.

Le souffle de la mort sur la capitale économique du pays

A Guayaquil, l’épidémie est incontrôlée et le taux de mortalité s’est envolé. Pour la chaîne chilienne Meganoticias, Guayaquil est devenue la « Wuhan » de l’Amérique latine.

Les services funéraires ont été très vite submergés par un flot de décès difficile à gérer en temps normal, et encore plus avec un couvre-feu de 15 heures par jour (de 14h00 à 5h00 du matin). Des centaines de familles appellent les morgues pour venir chercher à leur domicile les défunts, mais sans succès, le nombre d’ambulances et de personnels étant insuffisant. Des conteneurs réfrigérés sont installés derrière les hôpitaux et n’arrivent pas à contenir tous les corps dont nombreux sont empilés sur le sol ou sur des lits sans système de réfrigération.

Pour pallier les carences des services mortuaires, une force spéciale de militaires et policiers a été créée pour récupérer les défunts à leurs domiciles (la fuerza de recolección de cadáveres) : plus de 800 corps ont ainsi été retirés de logements privés quand les morgues et les hôpitaux saturés comptaient plus de 600 décès. Ce sont donc près de 1 500 personnes qui ont succombé en trois semaines : et si tous les décès ne sont pas forcément dus au coronavirus, ces chiffres donnent une idée de l’hécatombe que connaît la ville de Guayaquil, loin des chiffres officiels totalement irréalistes.

Le vice-président Otto Sonnenholzner, qui dirige le Comité des opérations d’urgence, a dû présenter ses excuses à la télévision et promettre que chaque mort pourrait bien bénéficier d’une sépulture digne. Le président Lenín Moreno a annoncé que le nombre réel de morts dus à l’épidémie serait certainement beaucoup plus élevé que les chiffres officiels. Le 16 avril, il a décrété 15 jours de deuil national à la mémoire des compatriotes décédés et s’est engagé aussi à ce que tous aient bien un enterrement décent. Le chef de la Force de collecte des cadavres, Jorge Wated, a expliqué ce 17 avril qu’il a décompté 6 700 décès à Gayaquil et dans la province du Guayas au cours des 15 premiers jours d’avril en comparaison des 1 000 morts pendant la même période l’an dernier, soit un différentiel de +5 700.

Et malgré l’action de la force spéciale chargée de recueillir les morts dans la ville, de nombreux Guayaquileans sont livrés à eux-mêmes. Comme le montrent des reportages de médias nationaux (Ecuavisa le 2 avril) et étrangers (Peru21TV le 31 mars, Channel 4 le 10 avril, TV5 Monde le 6 avril, Euronews le 13 avril, Le Parisien le 13 avril, France 24 le 6 avril ou ABC News le 8 avril), lorsqu’au bout de 3 ou 4 jours l’odeur des personnes décédées n’est plus supportables, leurs proches les sortent dans la rue et les abandonnent sur le trottoir ou sur un banc quand ils n’ont pas les moyens de payer un enterrement ou de transporter les corps au cimetière. Ces cadavres restent trop souvent plusieurs jours dans la rue, couverts d’une simple bâche de plastique, et parfois recouverts de chaux. Il est arrivé que certains soient brulés à même le bitume. D’autres familles enterrent leurs proches dans leur jardin ou dans un terrain vague derrière leur maison. D’autres apportent les cercueils de leurs défunts par leurs propres véhicules, accrochés sur le toit ou calés dans le coffre et entourés de film plastique pour limiter les odeurs de décomposition : des files de voitures de plusieurs kilomètres parfois attendent devant les cimetières débordés. Des familles attendent plusieurs jours avant de pouvoir récupérer les corps de leurs proches qui se sont éteints à l’hôpital.

Témoignage poignant d'une soignante sur la situation des défunts entreposés à l'arrière d'un hôpital de Guayaquil sans aucune mesure de conservation des corps - 3 avril 2020

Face à la pénurie de cercueils, des détenus ont été mis à contribution dans des prisons. La municipalité a distribué des cercueils en cartons aux familles démunies, fabriqués en urgence par des usines qui produisent habituellement des emballages pour fruits et crevettes.

Dans les cimetières, les arrivées de défunts sont supérieures à la capacité de les enterrer. Ils restent donc parfois plusieurs heures ou jours alignés sur les places de parkings ou les pelouses. et des fosses communes sont creusées à la hâte comme au Parque de la Paz. Dans certains cimetières, les familles doivent procéder elles-mêmes à l’inhumation en creusant des tombes ou en montant des voûtes de briques et de ciment autour des cercueils. Des cimetières sont agrandis ou créés en urgence pour répondre à la surmortalité des dernières semaines. Selon Teleamazonas Ecuador le 17 avril, des conteneurs frigorifiques sont installés dans le parc du Bicentenaire à Quito.

Le gouvernement a créé un site internet afin que les familles puissent savoir où sont inhumés leurs défunts. Mais, la population est désormais traumatisée et indignée par l’ampleur de l’horreur vécue quotidiennement, quand en plus les prix des cercueils et des bouteilles d’oxygène s’envolent, quand certains corps ont été égarés et quand les autorités reconnaissent maintenant que le bilan des victimes pourrait bien être multiplié par 6.

Une économie asphyxiée

Classé au 85ème rang des pays les plus pauvres et seulement au 131ème rang des pays pour le PIB par habitant, l’Equateur est sorti de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) le 1er janvier 2020 afin de pouvoir augmenter sa production de pétrole et espérer de nouvelles recettes. L’exploitation des gisements d’hydrocarbures représente 46% des exportations du pays : cette situation rend celui-ci trop dépendant des fluctuations des cours mondiaux pétrole et le pousse à accentuer son partenariat commercial avec la Chine et à diversifier ses exportations (crevettes, mangues, bananes, fruits du dragon).

Mais, la crise économique mondiale, engendrée par la la crise sanitaire actuelle, a fait chuter les prix du pétrole et « a durement frappé l’Équateur » a constaté le Président Lenín Moreno le 10 mars dernier. Le pays avait construit son budget 2020 sur un prix du baril de brent à 51$ alors qu’il est tombé à moins de 35$. En outre, un glissement de terrain dans l’est du pays a provoqué la rupture de trois oléoducs, entraînant des retards évidents dans l’explotation de cette matière première et une pollution d’un sous afluent de l’Amazone.

Autre élément contraignant pour les autorités nationales, l’Equateur a abandonné sa monnaie au profit du dollar américain en 2000. Depuis, en cas de grave crise, le gouvernement ne peut pas recourir à « la planche à billet » pour retrouver des liquidités.

Le pays a réagi en annonçant la diminution de ses dépenses budgétaires : baisse de 8% des salaires des fonctionnaires supérieurs à 801$, nouvel emprunt de 2 Mds $ (après 10,3 Mds$ déjà empruntés en 2019, dont 4,2 auprès du FMI), report de certaines échéances, baisse de moitié du traitement du Président MORENO et des plus hauts fonctionnaires. Depuis début avril, l’Etat verse chaque mois un « bon de protection familiale » de 60 $ à 400 000 foyers, et vient d’élargir cette mesure à 550 000 autres familles (mais ne sont pas concernés les 500 000 réfugiés vénézuéliens qui vivent dans des conditions d’extrême précarité).

De son côté, Alexandra Moncada, directrice pour l’Équateur de l’ONG Care, estime que le gouvernement a commis des erreurs stratégiques et n’investit pas assez pour réduire la pauvreté, principal facteur de diffusion de l’épidémie : remboursement d’un emprunt d’Etat de 324 M$ à ses créanciers le 24 mars au lieu de reporter l’échéance et d’utiliser cette somme pour enrayer la crise sanitaire ; arrêt de la coopération avec Cuba en novembre dernier qui mettait à disposition de l’Equateur 400 médecins ; diminution des investissements publics, notamment dans le secteur de la santé, pour rembourser les dettes de l’Etat au FMI et à la Banque mondiale (la ministre de la Santé a démissionné le 21 mars parce qu’elle jugeait trop faibles les moyens mis à disposition des soignants).

Reportage de la chaîne Meganoticias - 13 avril 2020

Le président Moreno a transmis à l’assemblée nationale le 16 avril un projet de loi d’aide humanitaire afin que soient votées les nouvelles mesures décidées cette semaine : baisse du salaire du président et des ministres, bons de protection familiale de 60 $ pour 950 000 familles, création d’un fonds d’urgence humanitaire pour aider les plus démunis, hausse des impôts des plus favorisés et des entreprises pour financer les mesures sociales (par la création d’une contribution humanitaire pour une durée de 9 mois), interdiction de refuser la prise en charge dans les garderies, écoles, collèges ou universités privées en cas de défaut de paiement en 2020, interdiction des expulsions locatives pendant le confinement et les deux mois qui le suivront, possibilité pour les employeurs et les salariés de signer un accord modifiant les conditions de travail (avec transmission au ministère et impossibilité de verser des dividendes aux actionnaires et de de faire des licenciements. Mais, ce plan de relance est critiqué par les entreprises et les syndicats.

Le 17 avril, le pays est parvenu à un accord avec ses créanciers privés pour reporter de quatre mois les 811 M$ qu’il devait rembourser entre avril et juillet, sur une dette qui avoisine les 43 Mds$.

Que fait la communauté internationale ?

Selon Eric Toussaint, porte-parole international du Comité pour l’Abolition des dettes illégitimes, « il existe un moyen simple de libérer des ressources financières : il consiste à suspendre immédiatement le remboursement de la dette publique » afin de donner des marges de manoeuvres aux Etats pour financer les besoins prioritaires en matière de santé : les pays peuvent le faire unilatéralement d’ailleurs en invoquant l’état de nécessité et la force majeure comme le préconise la Conférence des Nations unies pour le commerce et le développement (CNUCED). En ce sens, l’Argentine a expliqué à ses créanciers privés le 17 avril qu’elle ne pouvait plus payer et leur a proposé une restructuration de sa dette et un moratoire de 3 ans lui permettant de ne pas verser 40 Mds$ avant 2023 : selon son président, le pays est en “défaut virtuel” de paiement. L’Equateur suivra-t-il cette voie ?

Même le FMI, qui craint des mouvements sociaux violents après le confinement, encourage la communauté internationale à alléger la dette des pays les plus pauvres.

En attendant, l’Equateur a envoyé fin mars la liste de ses besoins aux Nations Unies, à l’Organisation des États américains, à l’Union européenne, à une centaine d’ONG et à plusieurs pays comme les États-Unis, la France, l’Allemagne, la Chine et le Canada. Une pétition a été lancée pour demander une aide humanitaire internationale.

Au cours de la semaine du 13 avril, les dons de plusieurs Etats sont arrivés à Quito et Guayaquil depuis la Chine, la Colombie, le Pérou, les États-Unis, la Suisse, la Corée du Sud et l’Allemagne. L’Equateur a reçu également de l’aide de la part d’institutions internationales (Banque de développement d’Amérique latine, Organisation panaméricaine de la santé, Organisation mondiale de la santé, Organisation internationale pour les migrations, Agence internationale de l’énergie atomique, Unicef) et d’ONG (Fondation Woman of Light du Chili, Ayuda en Acción d’Espagne, Charles Darwin de Belgique…). D’autres cargaisons sont attendues en provenance de Belgique, du Chili, d’Espagne et d’Italie et, espérons-le, de la France.

En tout état de cause, le drame qui se déroule à Guayaquil depuis un mois et demi doit nous alerter sur le risque de reproduction d’une telle tragédie dans d’autres pays. Selon Jarbas Barbosa, directeur adjoint du bureau des Amériques de l’Organisation mondiale de la santé, « la capacité du virus à submerger brusquement les capacités de Guayaquil peut servir d’avertissement à toute la région ». Espérons que cette mise en garde soit prise très au sérieux par les autres pays de la zone Amérique latine et Caraïbes.

Pascal DROUHAUD
Président de LATFRAN


Editorial LATFRAN (abril 2020)
Covid-19: Guayaquil (Ecuador)
entre caos y sentimiento de abandono


Editorial LATFRAN (abril 2020)
Covid-19 : Guayaquil (Ecuador)
entre caos y sentimiento de abandono

Después de ser sacudido por una violenta crisis política y social en octubre de 2019, Ecuador atraviesa la actual crisis de salud de una manera aún más dramática que cualquier otro país latinoamericano. Aunque las cifras oficiales apuntan a “solo” 9 022 casos confirmados de Covid-19 y 456 muertes en todo el país, Guayaquil y su provincia de Guayas han estado viviendo en el infierno durante más de un mes con una explosión en la tasa de mortalidad. De hecho, en este puerto de 2,3 millones de personas, la capital económica del país, el sistema de salud está sumergido y los servicios funerarios se han derrumbado: los cadáveres se apilan en los hogares, en las aceras de las calles, en contenedores refrigerados y en los céspedes de cementerios. Los ecuatorianos están experimentando una crisis de violencia inimaginable en Europa. La ayuda mutua internacional finalmente comienza a organizarse a mediados de abril.

Panel de control del mapa de pandemia Covid-19 (Universidad Johns Hopkins)

Una crisis subestimada en términos de las capacidades del sistema de salud del país

La diáspora ecuatoriana se distribuye principalmente en países muy afectados por la pandemia (España, Italia, Estados Unidos) y los intercambios entre Ecuador y estos países anfitriones han favorecido mecánicamente la importación del coronavirus. El primer caso apareció el 29 de febrero con una mujer ecuatoriana de unos sesenta años que llegó de España y que presentó síntomas solo unos días después de su regreso. Las primeras medidas se tomaron desde el 3 de marzo como en el aeropuerto de Quito. El 11 de marzo, el país declaró una emergencia sanitaria, ordenó una cuarentena de 14 días para pasajeros de 14 países (China, Corea del Sur, Italia, España, Francia …), el cierre de escuelas, el cambiar al teletrabajo y prohibir reuniones de más de 100 personas. A mediados de marzo, se cerraron las fronteras y se impuso el confinamiento y luego se extendió al menos hasta el 26 de abril. El 21 de marzo, se declaró el toque de queda. El 6 de abril, el uso de una máscara se hizo obligatorio en los espacios públicos. Sin embargo, Ecuador “reaccionó tarde” según Daniel Simancas, epidemiólogo de la Universidad Tecnológica Equinoccial de Quito

Como lo demuestran varios actores de los servicios médicos de Guayaquil, a pesar de la pandemia de China y que cubrieron gradualmente el continente europeo desde febrero y principios de marzo, fueron enviados al frente sin equipo: “¡Fuimos a la guerra sin armas!” (…) El equipo necesario no estaba listo cuando esto (la epidemia) ya estaba ocurriendo al devastar Europa”, lamenta con AFP una enfermera que enfermó. Los servicios de emergencia dieron la bienvenida a pacientes con “síntomas significativos, pero falta de pruebas, fueron tratados como si tuvieran gripe y fueron enviados a casa (…) No teníamos equipo de protección personal, pero no podríamos negarnos a cuidar a los pacientes“, agrega

Consecuencias: 1 / cuidadores diezmados por la epidemia, el Ministro de Salud incluso indicó el 6 de abril que 417 profesionales del sector médico estaban contaminados y que otros 1.600 eran sospechosos de serlo; 2 / la mayoría de los pacientes infectados no evaluados y enviados a sus hogares sin ningún tratamiento real, vectores de difusión en su entorno en un país con una tasa de pobreza aún alta.

Además, las reglas de distanciamiento social no han sido asimiladas por la población, lo que favorece la propagación del coronavirus. Si el uso de la máscara se ha generalizado, el New York Times señaló que las calles de Guayaquil todavía estaban demasiado llenas el 6 de abril a pesar de las medidas de restricción de tráfico: el confinamiento marca el final de los escasos ingresos de los actores de lo que Se llama economía informal y el hambre es más fuerte que el miedo a la muerte. Del mismo modo, el canal Ecuavisa filmó el 15 de abril a cientos de ciudadanos que se seguían muy de cerca sin respetar las distancias de seguridad en las colas de varias horas, en las aceras frente a los bancos de Guayaquil para poder retirar dinero. comprobantes de dinero y protección familiar. Elemento agravante, “según las autoridades locales, las infecciones se extendieron durante los matrimonios de la alta sociedad durante el mes de marzo” y los ciudadanos más pobres desafían las prohibiciones de seguir ganando lo suficiente para subsistir a expensas de los “gestos de barrera” para contener la epidemia.

Entonces, el Covid-19 floreció en el puerto más grande de la costa oeste de América del Sur. Las cifras oficiales de 8.450 personas infectadas a nivel nacional (75% solo en la provincia cálida y húmeda de Guayaquil), incluidas 421 muertes, contrastan con la realidad en la calle. El 16 de abril, el Ministro de Salud anunció que se sospechaba que al menos 631 muertes adicionales estaban directamente relacionadas con el coronavirus.

El aliento de muerte en la capital económica del país

En Guayaquil, la epidemia no está controlada y la tasa de mortalidad se ha disparado. Para el canal chileno Meganoticias, Guayaquil se ha convertido en el “Wuhan” de América Latina.

Los servicios funerarios se vieron abrumados rápidamente por una avalancha de muertes que fueron difíciles de manejar en tiempos normales, y aún más con un toque de queda de 15 horas por día (de 2 p.m. a 5 a.m.). Cientos de familias llaman a las funerarias para que vengan a recoger a los fallecidos a sus hogares, pero sin éxito, la cantidad de ambulancias y personal es insuficiente. Los contenedores refrigerados se instalan detrás de los hospitales y no pueden contener todos los cuerpos, muchos de los cuales están apilados en el piso o en camas sin un sistema de refrigeración.

Para compensar las deficiencias de los servicios funerarios, se creó una fuerza especial de soldados y policías para recuperar a los fallecidos de sus hogares (la fuerza de recolección de cadáveres): más de 800 cuerpos fueron retirados del alojamiento privado cuando los mortuarios y Los hospitales saturados tuvieron más de 600 muertes. Entonces, cerca de 1.500 personas murieron en tres semanas: y si todas las muertes no se deben necesariamente al coronavirus, estas cifras dan una idea del hecatomb experimentado por la ciudad de Guayaquil, lejos de las cifras oficiales totalmente poco realistas

El vicepresidente Otto Sonnenholzner, que dirige el Comité de Operaciones de Emergencia, tuvo que disculparse por televisión y prometer que cada muerte podría tener un entierro digno. El presidente Lenín Moreno ha anunciado que el número real de muertes debido a la epidemia ciertamente sería mucho mayor que las cifras oficiales. El 16 de abril, decretó 15 días de duelo nacional en memoria de los compatriotas fallecidos y también prometió que todos deberían tener un entierro decente. El jefe de la fuerza de recolección del cuerpo, Jorge Wated, explicó el 17 de abril que contó 6.700 muertes en Gayaquil y en la provincia de Guayas durante los primeros 15 días de abril en comparación con las 1.000 muertes durante el mismo periodo del año pasado, un diferencial de +5,700.

Y a pesar de la acción de la fuerza especial responsable de recoger a los muertos en la ciudad, muchos guayaquileños deben valerse por sí mismos. Como lo demuestran los informes de medios nacionales (Ecuavisa el 2 de abril) y extranjeros (Peru21TV el 31 de marzo, Channel 4 el 10 de abril, TV5 Monde el 6 de abril, Euronews el 13 de abril, Le Parisien el 13 de abril, Francia 24 el 6 de abril o ABC News el 8 de abril), cuando después de 3 o 4 días el olor del difunto ya no es soportable, sus seres queridos los llevan a la calle y los dejan en la acera o en un banco cuando no lo hacen. no puede pagar un funeral o transportar los cuerpos al cementerio. Con demasiada frecuencia, estos cadáveres permanecen en la calle durante varios días, cubiertos con una simple sábana de plástico y, a veces, cubiertos con cal. Ha sucedido que algunos han sido quemados sobre el betún. Otras familias entierran a sus seres queridos en su jardín o en un terreno baldío detrás de su casa. Otros traen los ataúdes de sus fallecidos en sus propios vehículos, colgados en el techo o encajados en el maletero y rodeados de una película de plástico para limitar los olores de descomposición: las filas de automóviles de varios kilómetros a veces esperan frente a cementerios desbordados. Las familias esperan varios días antes de que puedan recuperar los cuerpos de sus seres queridos que murieron en el hospital.

Testimonio conmovedor de un cuidador sobre la situación del difunto almacenado en la parte trasera de un hospital en Guayaquil sin ninguna medida para preservar sus cuerpos - 3 de abril de 2020

Ante la escasez de ataúdes, los reclusos fueron puestos a trabajar en las cárceles. El municipio ha distribuido ataúdes de cartón a familias pobres, fabricados con urgencia por fábricas que generalmente producen envases para frutas y camarones.

En los cementerios, la llegada de los fallecidos es mayor que la capacidad de enterrarlos. Por lo tanto, a veces permanecen varias horas o días alineados en estacionamientos o céspedes. y las fosas comunes se cavan apresuradamente como en el Parque de la Paz. En algunos cementerios, las familias tienen que enterrarse cavando tumbas o montando bóvedas de ladrillo y cemento alrededor de los ataúdes. Los cementerios se amplían o crean en emergencias para responder al exceso de mortalidad de las últimas semanas. Según Teleamazonas Ecuador el 17 de abril, se instalan contenedores refrigerados en el Parque Bicentenario de Quito.

El gobierno ha creado un sitio web para que las familias puedan averiguar dónde están enterrados sus muertos. Pero, la población ahora está traumatizada e indignada por la magnitud del horror que se experimenta a diario, cuando además se disparan los precios de los ataúdes y las botellas de oxígeno, cuando se han perdido ciertos cuerpos y cuando las autoridades ahora reconocen que la cifra de muertos bien podría multiplicarse por 6.

Una economía asfixiada

Clasificada en el puesto 85 entre los países más pobres y solo en el puesto 131 entre los países con PIB per cápita, Ecuador dejó la Organización de Países Exportadores de Petróleo (OPEP) el 1 de enero de 2020 para poder aumentar su producción en aceite y esperanza para nuevas recetas. La explotación de depósitos de hidrocarburos representa el 46% de las exportaciones del país: esta situación lo hace demasiado dependiente de las fluctuaciones en los precios mundiales del petróleo y lo empuja a acentuar su asociación comercial con China y diversificar sus exportaciones (camarones, mangos , plátanos, fruta del dragón).

Pero la crisis económica mundial, engendrada por la actual crisis de salud, hizo caer los precios del petróleo y “golpeó fuertemente a Ecuador”, señaló el presidente Lenín Moreno el 10 de marzo. El país había construido su presupuesto para 2020 sobre un precio de barril de brent en $ 51 mientras que cayó a menos de $ 35. Además, un deslizamiento de tierra en el este del país provocó la ruptura de tres oleoductos, causando demoras obvias en la explotación de esta materia prima y la contaminación de un sub-afluente del Amazonas.

Otro elemento limitante para las autoridades nacionales, Ecuador renunció a su moneda a favor del dólar estadounidense en 2000. Desde entonces, en caso de una grave crisis, el gobierno no puede recurrir a la “imprenta” para encontrar liquidez.

El país reaccionó anunciando la reducción en su gasto presupuestario: una caída del 8% en los salarios de los funcionarios por encima de $ 801, un nuevo préstamo de $ 2 mil millones (después de $ 10.3 mil millones ya prestados en 2019, incluyendo 4.2 del FMI), aplazamiento de ciertos plazos, reducción a la mitad del salario del presidente MORENO y de los más altos funcionarios. Desde principios de abril, el estado ha estado pagando un “bono de protección familiar” de $ 60 a 400,000 hogares cada mes, y acaba de extender esta medida a otras 550,000 familias (pero los 500,000 refugiados venezolanos que viven no están afectados. bajo condiciones extremadamente precarias).

Por su parte, Alexandra Moncada, directora para Ecuador de la ONG Care, cree que el gobierno ha cometido errores estratégicos y no está invirtiendo lo suficiente para reducir la pobreza, el factor principal en la propagación de la epidemia: el reembolso de un préstamo gubernamental de $ 324 millones a sus acreedores el 24 de marzo en lugar de extender el plazo y usar esta cantidad para detener la crisis de salud; cese de cooperación con Cuba en noviembre pasado, que puso a disposición de Ecuador 400 médicos; disminución de la inversión pública, especialmente en el sector de la salud, para pagar las deudas del Estado con el FMI y el Banco Mundial (el Ministro de Salud renunció el 21 de marzo porque consideraba que los medios puestos eran demasiado débiles cuidadores).

Informe del canal Meganoticias - 13 de abril de 2020

El presidente Moreno transmitió un proyecto de ley de ayuda humanitaria a la Asamblea Nacional el 16 de abril para que las nuevas medidas decididas esta semana pudieran ser votadas: menor salario para el presidente y los ministros, vales de protección familiar de $ 60 por 950 000 familias, creación de un fondo humanitario de emergencia para ayudar a los más desfavorecidos, aumentos de impuestos para los más privilegiados y empresas para financiar medidas sociales (mediante la creación de una contribución humanitaria por un período de 9 meses), prohibición rechazar la atención en guarderías, escuelas, colegios o universidades privadas en caso de incumplimiento en el pago en 2020, prohibición de desalojos de alquiler durante el parto y los dos meses siguientes, posibilidad de que empleadores y empleados firmen un acuerdo que modifica las condiciones de trabajo (con transmisión al ministerio e incapacidad para pagar dividendos a los accionistas y hacer despidos. Pero este plan de recuperación es criticado por empresas y sindicatos.

El 17 de abril, el país llegó a un acuerdo con sus acreedores privados para posponer durante cuatro meses los $ 811 millones que tuvo que pagar entre abril y julio, con una deuda de alrededor de $ 43 mil millones.

¿Qué está haciendo la comunidad internacional?

Según Eric Toussaint, portavoz internacional del Comité para la Abolición de la Deuda Ilegítima, “hay una manera simple de liberar recursos financieros: consiste en suspender inmediatamente el pago de la deuda pública” para dar margen de maniobra para Estados para financiar necesidades de salud prioritarias: los países pueden hacerlo de manera unilateral invocando el estado de necesidad y fuerza mayor según lo recomendado por la Conferencia de las Naciones Unidas para el Comercio y el Desarrollo (UNCTAD). En este sentido, Argentina explicó a sus acreedores privados el 17 de abril que ya no podía pagar y les ofreció una reestructuración de su deuda y una moratoria de 3 años que le permitía no pagar $ 40 mil millones antes de 2023: Según su presidente, el país está en “incumplimiento virtual” de pago. ¿Ecuador seguirá este camino?

Incluso el FMI, que teme a los movimientos sociales violentos después del encierro, alienta a la comunidad internacional a reducir la deuda de los países más pobres.

Mientras tanto, Ecuador envió su lista de necesidades a fines de marzo a las Naciones Unidas, la Organización de los Estados Americanos, la Unión Europea, un centenar de ONG y varios países como los Estados Unidos, el Francia, Alemania, China y Canadá. Se ha lanzado una petición para solicitar ayuda humanitaria internacional.

Durante la semana del 13 de abril, llegaron donaciones de varios estados a Quito y Guayaquil desde China, Colombia, Perú, Estados Unidos, Suiza, Corea del Sur y Alemania. Ecuador también ha recibido asistencia de instituciones internacionales (Banco de Desarrollo de América Latina, Organización Panamericana de la Salud, Organización Mundial de la Salud, Organización Internacional para las Migraciones, Agencia Internacional de Energía). atomic, Unicef) y ONG (Fundación Mujer de Luz de Chile, Ayuda en Acción de España, Charles Darwin de Bélgica …). Se esperan otras cargas de Bélgica, Chile, España e Italia y, con suerte, de Francia

En cualquier caso, el drama que ha tenido lugar en Guayaquil durante un mes y medio debería alertarnos sobre el riesgo de reproducción de tal tragedia en otros países. Según Jarbas Barbosa, subdirector de la oficina para las Américas de la Organización Mundial de la Salud,la capacidad del virus de abrumar repentinamente las capacidades de Guayaquil puede servir como una advertencia para toda la región“. Esperemos que esta advertencia sea tomada muy en serio por los otros países de la región de América Latina y el Caribe.

Pascal DROUHAUD
Presidente de LATFRAN

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