Un premier tour qui a surpris les observateurs

 

Avant le premier tour des élections présidentielles, le 19 novembre dernier, le paysage politique chilien semblait assez clair.

Michelle Bachelet, présidente sortante, avec une popularité en berne (seulement 30% d’opinions favorable) ne pouvant se représenter car la loi l’interdit, allait tirer sa révérence et l’alternance pouvait naturellement se mettre en place.

Très tôt, le candidat de droite Sébastian Piñera ( Président de la République en 2010 entre les deux mandats de Michelle Bachelet) semblait pouvoir l’emporter dès le premier tour.

Avec une abstention importante  (46,6% des votants), le candidat de « Chile Vamos » est arrivé en tête du premier tour malgré un score décevant (36,7% des suffrages) et s’est retrouvé au second tour face au sénateur Alejandro Guiller (22,6% ).

Ce dernier n’a dépassé que d’une courte tête la candidate Beatriz Sanchez du « Frente Amplio », coalition de petites formations de gauche (sur le modèle Podemos en Espagne), qui a créé la surprise (+ 10 points par rapport à ce que lui créditaient les sondeurs).

L’autre évènement marquant du premier tour a été le score très faible de la Démocratie Chrétienne (5,8%) emmenée par Carolina Goic, pourtant l’un des grands partis des coalitions qui ont gouverné après la dictature.

Enfin, José Antonio Kast a marqué les esprits avec un score de 7,9%, démontrant que l’héritage de Pinochet était encore vivace dans une frange ultra-conservatrice de l’électorat chilien.

La somme des voix de droite au soir du premier tour ne représentait donc que 44,5% et l’enjeu du rassemblement et de la mobilisation apparaissaient clé pendant les quatre longues semaines de l’entre-deux tours.

Très rapidement, les ténors de la droite ont apporté leur soutien au candidat arrivé en tête en dépit de différences de point de vue assez nettes. Le sénateur Ossandon, le perdant de la primaire Felipe Kast et son oncle Jose Antonio Kast.

En revanche, le soutien du « Frente Amplio » et des progressistes du PRO à Alejandro Guiller a été plus timide après une campagne critique au 1er tour.  Beatriz Sanchez a affirmé personnellement voter pour Guiller, de même que Marco Enriquez Ominami du PRO (5,71% au premier tour), mais leurs électeurs n’ont pas suivi.

 

Piñera : grand gagnant de la mobilisation et du report des voix

 

Entre les deux tours, le candidat de la droite a bien consolidé son socle électoral, puis est sorti renforcé des deux débats en capitalisant sur son expérience d’homme d’Etat face à un adversaire semblant manquer de charisme.

L’élément déterminant a été la grande mobilisation des Chiliens, 300 000 votants supplémentaires se sont rendus aux urnes par rapport au premier tour pour un total de quasiment 7 millions d’électeurs.

La perspective d’une alliance hétéroclite allant du centre gauche à une gauche très radicale a agi comme un épouvantail et l’ancien président a profité pleinement de cette hausse de la participation.

Elu avec 54,7% des voix, soit l’une des marges les plus confortables depuis le retour à la démocratie, Sebastian Piñera est le 3eme président le mieux élus depuis Alwyn.

 

Transition démocratique et nouveaux défis

 

Durant les trois mois qui séparent la victoire de l’investiture du nouveau président, l’équipe de Michelle Bachelet va avoir à cœur de faire voter la réforme constitutionnelle imposant la gratuité pour les études supérieures. Ses engagements pour l’Education, chantier emblématique de son programme, n’ayant pas été tenus.

La future administration Piñera, pourra compter sur une croissance plus soutenue pour la quatrième économie latino-américaine, membre de l’OCDE. Le pays, grandement dépendant du cuivre qui représente 10% du PIB et 50% des exportations, a vu le cours du métal progresser de façon régulière durant l’année 2017.

La Bourse de Santiago a salué la victoire du Président Piñera avec sa plus forte hausse en une séance depuis 9 ans (+6,9%). Le monde économique semble donner du crédit à la promesse du candidat : l’avènement des « tiempos mejores ».

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